Parmi mes relations, il est un anglais qui possède une mouche apprivoisée.

Collin, l’heureux propriétaire,  promène sa mouche partout :  dans  les cafés, les magasins, les waters,  dans les bois, sur la plage. La première fois que j’ai rencontré Collin, sa mouche voletait autour de son crâne comme pour  se protéger du froid, ou ne pas risquer de le perdre dans la foule.    Toutes les autres mouches étaient mortes ou hibernaient, mais celle de Collin, exceptionnellement résistante, survivait  aux frimas. Quand Collin s’est assis près de nous, la mouche s’est posé sur sa tête avec une grâce hétérodoxe.  Pour un peu on aurait vu les  petites pattes s’arque bouter sur le  pain de sucre, pour éviter la glissade vers le toboggan du  nez qui se penchait sur  le café brûlant.  La mouche, épuisée par ce vol hivernal, gelée jusqu’au thorax commanda un grog, mais personne ne l’entendit dans le brouhaha.  De dépit, elle  se mit à aspirer la substantifique moelle qui perlait sur  le skating à mouche de notre ami anglais, tout en mouchant la chandelle qui coulait de sa trompe. Collin fit fi de sa présence, mine de la chasser, mais on devinait une entente tactile, un pacte  de non aversion, entre le pelé  britannique et l’ailée française.

Quelle ne fut pas ma surprise de retrouver la mouche aux côtés d’un  Michael Douglas démoucheté dans le film the Game ! C’était la même, posée sur l’épaule de la star qui ne se mouche pas du coude !  Les mêmes grands yeux éplorés, la même veine médiane, les mêmes ailes bleutées.

La mouche de Collin était donc une mouche  célèbre. Collin n’en avait pas fait état, de crainte que des paparazzi ne le collent comme des mouches. Sa mouche fut peut-être  un gobe-mouche envoyée par le gouvernement français pour espionner les progrès de Silicon Valley…

Un esprit chagrin se moqua de Collin et de son insecte domestique. Notre anglais  prit la mouche et décida de moucher le quinquet au railleur.

“mouche-toi, morveux !” dit-il à la mouche du coche. Bien que le moqueur se demandait quelle mouche avait piqué le digne citoyen britanique, il se dit que, décidément, il ne prendrait  pas la mouche avec du vinaigre, et qu’il n’avait pas fait là, coup de  mouche.

Paul Mercusot

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